29 novembre 2006
Un forçat du fleuve
Salut, je m'appelle Djamel, je connais le P. Arthur depuis quelques années et là, on m'a proposé de travailler au bateau "Je Sers" comme responsable de l'entretien de la banque alimentaire. J'ai accepté parce qu'il fallait que je travaille et que je connais bien les gens du bateau.
Je viens tous les matins à 9h00 pétantes, je dis bonjour à mon patron (c'est hugues et j'aime bien le mettre en boîte !) et puis je me mets au travail : je range la viande qui est arrivé le matin, je nettoie le sol, je fais des découpes et des lots en sac pour la distribution. Plus tard dans la matinée, je range les arrivages de denrées : légumes, viandes, fromages, yaourts, charcuterie, etc.... et puis je nettoie aussi les caisses qui servent à transporter les produits frais, et puis j'aide Houssain, le cuisinier, à emmener les denrées pour la cuisine.
Après, suivant les besoins, j'aide Francine au vestiaire, je discute avec les gens, je fume ma clope et je propose mes services au Père Arthur s'il est là.
Je voudrais travailler un an au bateau et après j'aimerais bien faire une formation de vendeur mais pour cela il faudrait que je m'inscrive, c'est pas demain la veille...
21 novembre 2006
Réponse à Milad, n'est-ce pas l'objet d'un blog ?
Ton attente aux urgences semble t'avoir surpris sinon choqué.
C'est ça aussi la France, du moins la France d'aujourd'hui. Ce n'est pas l'idée que j'en ai. Moi je suis française, j'aime mon pays par dessus tout. J'aime la France terre d'asile, j'aime la France qui a(vais) le meilleur système de santé du monde. Je n'aime pas la France qui laisse les vieux de 67 ans avaler de la Bétadine. Qu'importe s'il a un peu abusé de l'alcool et du tabac cet homme, ce n'est pas à nous de le juger. Il a bien dû travailler un peu aussi. Maintenant il a bien le droit à un lit, à des repas chauds et même à quelques attentions. L'hôpital, je le connais, j'y ai travaillé. La Sécu, je la connais aussi, j'y travaille. J'ai commencé ma carrière au service médical, des mecs en pièces détachées, j'en ai vu. Ce nétaient pas des dossiers.
Je n'aime pas la France qui sépare les mères de leurs enfants simplement parce qu'elles n'ont pas les moyens de les nourrir.
Le système, peut-être que certains en ont profité. Plus vraisemblablement nous n'avons pas su le faire évoluer, nous n'avons pas su anticiper et c'est bien cela pourtant le rôle des politiques.
Mais j'ose espérer que rien n'est perdu et, heureusement, il y a les associations. Je suis tous les jours émerveillée par le travail que font les gens de bonne volonté. C'est comme ça qu'elle tient la France et c'est bien aussi.
Si tu veux finir de te démoraliser, vas aussi au tribunal comme j'y suis allée cette semaine. Tu verras que la justice n'est pas beaucoup plus brillante que la santé !
Mais bon, plutôt que de la Bétadine, il vaut mieux boire un petit coup de Beaujolais !
Dominique, avec toute mon affection
PS : moi quand j'ouvre le blog, j'ai toujours le vieux moche, pas le beau avec la photo. Comment se fait-il ?
17 novembre 2006
Patience aux urgences
Journée fatigante avec Monsieur J. J. (67 ans). Il s’est fait agressé et s’est fait volé l’argent de sa retraite il y a quelques jours. En plus il a essayé de se suicider en buvant de la Bétadine, mais il l’a vomi quelques minutes après. Sans argent, sans domicile, il arrive au bateau le soir.
Le lendemain, l’assistante sociale essaye de son mieux de trouver une solution. Il lui faut une place dans une maison de retraite. Mais le temps de monter un dossier il faut faire quelque chose.
- « L’idéal, c’est qu’il puisse aller à l’hôpital pour se retaper, le temps qu’on puisse trouver une solution pour son logement ».
C’est vrai qu’il a tellement bu et fumé durant sa vie que sa santé est devenue très fragile.
Nous voici chez le médecin généraliste. Rien de grave ! Mais… par solidarité et par compréhension de son problème de logement, le docteur écrit une longue lettre pour qu’il puisse aller aux urgences du CHI de Poissy.
Urgences ? Ah, il faut apprendre la patience. Nous y sommes rentrés vers 16h. On a vu des gens rentrer, d’autres sortir. Des pompiers et des ambulances en continu. Le changement de l’équipe des infirmières vers 20h. Même le mec bourré qui vient de temps en temps nous emmerder au bateau était là en train d’emmerder le personnel de l’hôpital de la même façon.
Vers 22h30 je vois la fatigue sur le visage de J. J. qui devient fatigué.
- « Il faut faire quelque chose ».
- « J’essayerai de trouver un brancard pour lui pour qu’il puisse s’allonger en attendant ».
Une demi-heure après une infirmière nous reçoit. Vite, une perfusion, des analyses de sang, un ECG, mesurer sa tension… Ah !, tout semble normal. Mais il faut attendre le médecin interne pour juger de sa situation. Ce n’est qu’une heure et demie après qu’une gentille demoiselle vient : « Je suis l’interne ! Qu’est ce qui se passe ? ».
- « … ».
- « Ah ! Il n’a rien qui justifierait de le garder à l’hôpital… heureusement pour sa santé … mais … malheureusement pour sa situation de logement…. Je ne pense pas qu’on a de la place pour lui à l’hôpital… ».
- « Est-ce qu’on n’a pas droit à un petit café ? ça fait longtemps que nous sommes là » dit J. J. en désignant lui et moi du doigt.
- « Mmm, je vais me renseigner sur le café… et surtout je vais me renseigner sur ce qu’on peut faire pour vous ».
Ensuite l’infirmière décide de nous mettre dans le couloir pour libérer la salle d’attente. « Il y’a beaucoup de monde aujourd’hui ! » ça, on le savait !
Quelques minutes plus tard l’interne revient pour mettre fin à cette journée :
- « vu la situation, on a décidé de le garder cette nuit. Malheureusement, il sera sur le brancard, dans le couloir, parce qu’on ne peut pas faire autrement. Je dirai que je l’ai gardé pour lui faire une prise de sang, demain ! »
- « Ah ! merci bien ! »
Il est presque deux heures du matin, le temps de rentrer sur le bateau. J’emmène quelqu’un, faisant de l’auto-stop, chez lui à Archère.
Ce fut une longue journée de patience aux urgences qui se termine.
MILAD - Volontaire Assomption en ce moment
14 novembre 2006
cherche engagement
Je me présente : je suis soeur Evangelina. Je viens du ChiliJ. e suis oblate de l'Assomption. Je vis à la communauté de Bagnolet avec trois Vietnamiennes et une Française. J'ai commencé d'accompagner un groupe de jeunes qui préparent la confirmation à la paroisse Notre Dames de Pontmain.
J'avais entendu parler du bateau, j'ai été contente de le découvrir. C'est la deuxième fois que je viens.
J'essaie de découvrir le fonctionnement, les personnes qui vivent ici. Ce n'est pas facile pour moi de créer des contacts . Je cherche à m'engager plus concrètement et j'espère gagner la confiance de tous.
Evangelina
Des cygnes et des mouettes...
...au bord de l'eau, au hublot d'un bateau. 2h30 du matin, le calme et dans le cliquetis de l'eau, deux mâles impétueux s'affrontent pour un territoire indéfini. Au loin, sur l'autre rive de la Seine, les mouettes endormies forment un nuage blanc sur une épave. Au matin, affamées, elles viendront chercher querelle aux divers volatiles de toutes plumes qui peuplent les lieux, chapardant au vol les morceaux de pain qui sont lancés.
Le canard supersonic ( j'ignore à quelle race il appartient, et je lui ai donné ce surnom à cause de sa façon d'évoluer) fait semblant de ne pas s'interesser à ce festin et reste à distance respectable pour éviter les coups de bec de Monsieur cygne-chef, mais dès que l'ombre d'un crouton se profile, rapide comme l'éclair, il se fraie un chemin entre les majestueux palmipèdes et emporte son butin en zigzagant pour semer ses poursuivants, sous les cris désepérés et stridents des mouettes. Voilà le spectacle amusant et apaisant que m'offre au quotidien la faune environnante. Merci à eux de commencer mes journées d'aussi agéable façon.
Alice.
07 novembre 2006
Un écrivain public sur le "Je sers"
Moi je suis nouvelle sur le "Je sers". J'y suis arrivée il y a un mois dans le cadre de ma formation d'écrivain public. C'est là que j'ai choisi de faire mon stage. Je savais un peu ce que l'on y faisait. Ce qui surprend ici, c'est le calme qui règne. Malgré le nombre de personnes qui vivent ici, de toutes origines, jamais un mot plus haut que l'autre. Ce qui est surprenant encore, c'est l'incessant défilé dans le minuscule bureau. Chacun passe chercher ou apporter une solution. Et c'est vrai qu'ici on semble trouver une solution à tous les problèmes
Concernant la fonction d'écrivain public, bien sûr il y a chaque jour une lettre à écrire ou une démarche à faire pour un résidant ou un visiteur. J'ai aussi proposé une permanence pendant le vestiaire et la banque alimentaire. Pour l'instant je n'ai pas beaucoup de "clients". Le métier d'écrivain public semble peu connu. Moi je rêverais qu'il y ait autant déchopes décrivain public que de boulangeries ! Sait-on que l'écrivain public n'est pas seulement un assistant en démarches administratives ? J'ai commencé le récit de vie d'une batelière centenaire. Que de souvenirs ! Mais chacun a des choses passionnantes à raconter aussi je souhaite que ce blog soit l'occasion pour chacun de s'exprimer et de s'enrichir de la parole des autres.
Dominique
Aujourd'hui, je suis allé chez le médecin. Il m'a donné mon médicament. Je l'ai donné à René pour qu'il me le donne ce soir pour dormir bien tranquille, pour me sentir bien dans mon esprit.
Demain, ma curatrice vient me voir sur le bateau pour me dire quand je vais partir en Belgique.
Je vous raconterai.
Yayha
06 novembre 2006
10 ans !
Depuis deux mois, me voici aumônier du "Je Sers" à Conflans. C'est une grande joie que je n'aurais jamais imaginée il y a 10 ans. Pourtant, à l'époque, j'ai vécu 18 mois avec le Père Arthur, accueilli par la paroisse fluviale. C'était le temps de mon premier boulot, après les études et le service national. De surprises en surprises, je me suis retrouvé religieux assomptionniste, puis prêtre depuis le 25 juin dernier. Et me voilà à nouveau au "Je Sers" où je retrouve des amis connus au milieu de visages nouveaux. Vraiment, j'ai de la chance.
S'ouvre alors un nouvel horizon : avec les fidèles du "Je Sers", avec les aumôniers de la batellerie en France, avec les bateliers navigants et les professionnels de la voie d'eau… Comment accompagner le "Je Sers" comme lieu de rencontre et d'entre aide ? Comme lieu de célébration et de fête ? En effet, les rythmes de vie changent avec l'évolution du transport fluvial et la vie du "Je Sers" va changer aussi. Je suis heureux d'arriver aujourd'hui pour imaginer les projets et les nouveautés qui ajustent la présence de Dieu à la vie de la voie d'eau. Et réciproquement. Nous avons beaucoup à construire ensemble ! J’attends beaucoup des jeunes que je ne connais pas encore mais avec qui je suis impatient de construire cet avenir.

Dans 10 ans, le projet
« Seine Nord » aura commencé à transformer notre manière de penser la
voie d’eau. Peut-être faudra-t-il aussi élargir le « Je Sers » au
grand gabarit pour accueillir tous les bateliers qui s’y rassembleront. C’est
un rêve, mais comme tous les rêves, il sert à façonner
la réalité. Alors, rendez-vous dans 10 ans pour fêter les surprises que nous ne manquerons pas d'avoir rencontrées…
Père Nicolas Tarralle
ce n'est qu'un au revoir !
Arthur,

Merci pour l’accueil des plus déshérités et de l’aide apportée quotidiennement à ceux qui venaient frapper à la porte du « Je Sers ».
Merci pour ce que tu nous a apporté pour fortifier notre foi : Messes journalières, veillées et adorations.
Merci pour les qualités humaines que tu as montrées tout au long des années que tu as partagé avec nous : humilité, solidarité, respect du prochain.
Merci pour avoir rendu au « Je Sers » une vie active et une certaine notoriété qui lui permet de retrouver la place qui est la sienne à Conflans.
Enfin, Merci pour ce que tu as fait pour chacun d’entre nous dans les moments difficiles de la vie : Peine d’un décès, ruptures de foyer, réconfort suite à une déception. Chacun peut retrouver dans sa mémoire ces moments très importants, sans oublier les jours heureux que nous avons vécus ensemble.
Pour marquer notre reconnaissance, nous avons voulu t’offrir un livre de prières ainsi qu’une bible de poche. Ceci te permettra de prier en union avec nous partout où tu pourrais être.
Nous te souhaitons bon courage. Sache que tu seras toujours dans notre cœur et qu’une chambre et une table seront toujours prêtes à te recevoir.
Je ne voudrais pas terminer ces quelques mots sans envisager l’avenir, et je vous demande à tous (gens d’à bord et gens d’à terre) d’aider et de soutenir le Père Nicolas, car chacun a quelque chose qu’il peut mettre à profit pour la communauté paroissiale de façon à jouer notre rôle dans la réalisation de l’Evangile et de l’affirmation de notre Foi.
Merci enfin à tous ceux qui accepterons de s’engager peu ou prou.